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Malaysia Airlines : la Chine hantée par le problème Ouïghour PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Dimanche, 16 Mars 2014 22:14
mh370
Le mystère reste complet. Mais pour l'opinion publique chinoise, la cause est entendue. Voici cinq jours qu’un avion d’Air Malaysia reliant Kuala Lumpur et Pékin s’est volatilisé. Et qu'en l’absence d’informations, aucun responsable, aucun expert dans le monde ne se prononce sur les causes de l’incident. Mais pour les Chinois, pas de doute : ce sont les "séparatistes" ouïgours, une minorité musulmane et turcophone, qui sont responsables du forfait.

La tuerie de Kunming

Il est vrai que la disparition de l’avion qui transportait 153 Chinois (sur 239 passagers) s’est produite à peine une semaine après la terrifiante attaque au couteau de la gare de Kunming, qui a fait 33 morts et 140 blessés. Dans une orgie de violence visiblement mise en scène de façon à inspirer le maximum de terreur, un groupe d’assaillants vêtus de noir, des Ouïgours selon Pékin, a sabré à tour de bras les  voyageurs qui faisaient la queue devant les guichets.

C’est ainsi que la question ouïgoure a fait irruption au cœur d’une grande ville han, très touristique et célèbre pour sa dolce vita. Tout le monde en Chine connaissait certes l’existence du problème ouïgour. Mais il était jusqu’à présent cantonné à la "région autonome" du Xinjiang, vaste et reculée, grande comme trois fois la France. Depuis une quinzaine d’années, Pékin accélère la colonisation de ce territoire stratégique aux portes de l’Asie centrale et au sous-sol riche en hydrocarbures. Les Hans qui représentent désormais 40% des habitants de la province – pour 45% de Ouïgours – sont les grands bénéficiaires d’un développement à marche forcée. Comme les autres minorités, les Ouïgours voient leur culture s’étioler. Quant à la pratique religieuse, elle est sévèrement contrôlée.


Une hypothétique nébuleuse de groupes armés

Cette situation est à l’origine des heurts violents qui ensanglantent le Xinjiang – 200 incidents par an de l’aveu même des autorités. Dans les anciennes oasis de la route de la soie, la colère gronde malgré une présence policière écrasante.

La plupart des habitants sont trop terrorisés pour réagir ouvertement. Mais chez les jeunes privés de toute perspective d’avenir, certains sont tentés par la radicalisation. "Ce qu’on voit en général au Xinjiang, ce sont des explosions sociales ou des vendettas visant les représentants du pouvoir et les forces de l’ordre", explique Dru Gladney, spécialiste des musulmans de Chine. "Mais l’attaque de civils à Kunming marque un vrai tournant. Ça ressemble à l’islam radical, peut-être une imitation des attentats tchétchènes."

La Chine accuse régulièrement ces insurgés d’être téléguidés par l’ETIM (Mouvement islamique du Turkestan oriental), une hypothétique nébuleuse de groupes armés basés au Pakistan et en Asie centrale. "La répression chinoise au Xinjiang a chassé les opposants vers des pays voisins comme le Pakistan, où ils se sont liés à des djihadistes", affirme le politologue américain Philip Potter.

Pour les spécialistes, il n’existe pas d’organisation terroriste puissante et unifiée au Xinjiang, même si des Ouïgours radicalisés peuvent emprunter certains éléments aux mouvements terroristes islamistes. "On n’est pas même sûrs de l’existence de l’ETIM", commente Dru Gladney."Surtout, il y a une divergence profonde avec les djihadistes, qui sont anti-nationalistes et les indépendantistes ouïgours, qui se battent pour leur souveraineté."

Les Etats-Unis, après avoir inscrit l’ETIM parmi les organisations terroristes, l’ont retiré de la liste. La Chine, qui refuse de remettre en cause sa politique vis à vis des minorités, persiste à accuser une organisation "extérieure" de tous les maux du Xinjiang.

Ursula Gauthier

 

source:  http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140313.OBS9730/crash-du-boeing-la-chine-hantee-par-le-probleme-ouigour.html